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Sarkis à la chapelle du château d’Angers

24 octobre 2012

Sarkis à AngersL’artiste Sarkis a investi la chapelle du château d’Angers avec un monumental échafaudage doré à la feuille. Une œuvre conceptuelle, mais aussi dotée d’une incontestable dimension esthétique, intitulée « Passages croisés en or »

Côté conceptuel, cette installation mérite d’être éclairée de quelques explications. Un panneau installé sur place nous indique son titre et des pistes pour comprendre le travail de l’artiste.

L’œuvre créée par Sarkis pour la chapelle du château d’Angers […] Illustre la double nature, conceptuelle et concrète, de toute action artistique, […]

Jusqu’ici, on comprend bien le raisonnement proposé : l’œuvre est à la fois conceptuelle et concrète. D’une part, elle est là pour faire passer un message : elle est porteuse d’un sens et d’un concept ; et d’autre part, c’est un objet très concret qui s’impose physiquement au visiteur par sa présence démesurée.

La suite du panneau explicatif précise le sens de la dimension conceptuelle de l’œuvre. Ici commence un travail d’interprétation :

L’échafaudage sublimé par un habillage en or résume avec subtilité une nouvelle théorie platonicienne des formes intelligibles.

Le symbole de l’échafaudage

Pour expliquer le sens de cet objet, je me réfère au mot « Echelle », dans le dictionnaire critique d’iconographie occidentale. L’échelle est en général le symbole d’un lien entre le monde des vivants et celui des morts, permettant une ascension vers le Ciel aussi bien qu’une descente aux Enfers.

Echafaudage de SarkisOr, l’échafaudage peut être envisagé comme une échelle à trois dimensions. Le même dictionnaire précise que « Chez Platon, nous trouvons le principe des trois voies [de la réunion de l’âme à son origine divine] : la purgation, l’illumination et l’union ».

Dans d’autres contextes, « l’échelle a été choisie comme symbole du progrès dans la connaissance. Tel est le cas de nombreuses représentations de la philosophie […], personnifiée par une femme qui tient une échelle contre sa poitrine […]. »

Or, dans la théorie platonicienne, le monde des Idées (ou Ciel, divin, monde intelligible…) est accessible aux humains grâce à la philosophie.

Mon interprétation : cet échafaudage pourrait symboliser la philosophie selon Platon, chemin en trois étapes vers l’accession au divin.

Cette phrase explicative est proposée avec l’œuvre dans la chapelle du château :

l’armature monumentale vise aussi à resacraliser l’espace

En effet, la chapelle n’ayant plus aujourd’hui de fonction religieuse, elle retrouve grâce à l’artiste son rôle de lien entre l’humain et le divin.

 

« Une nouvelle théorie platonicienne des formes intelligibles »

La théorie des formes intelligibles est résumée par Platon sous la forme d’une allégorie, l’allégorie de la caverne. Platon envisage notre monde terrestre comme le reflet du monde des Idées, ou « formes intelligibles ». L’être humain, dans cette allégorie, serait prisonnier d’une caverne, contraint à ne voir sur le mur de celle-ci que les ombres des objets qui peuplent le « vrai » monde, le monde des Idées.

On peut donc se demander quel rôle joue l’échafaudage de Sarkis dans ce scénario : est-il un échafaudage du monde des humains, ou plutôt l’Échafaudage du monde des formes intelligibles, modèle de tous ceux qui peuplent notre monde imparfait ?

 

Une œuvre qui donne à réfléchir

Enfin, je vous propose à la volée quelques thèmes de réflexion que l’on pourrait développer autour de cette œuvre : le nombre d’or, les autres symboles associés à la notion de « passage » (arc-en-ciel, pont…), les symboles associés à l’architecture d’un édifice religieux, les bâtisseurs d’église, l’utilisation de l’or dans l’iconographie religieuse…

Et vous, à quoi vous fait penser cette étonnante installation ?

Télécharger le communiqué de presse de l’exposition

One Comment
  1. Honegger Emmanuel permalink

    Une œuvre d’art installée dans une chapelle; après avoir observé que les musées d’art contemporains deviennent lieux de quasi adoration, rendre les lieux d’adoration à l’art contemporain serait-il un acte engagé : désacraliser l’institution muséale en resacralisant un lieu sacré ? Annemmanuel

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